30/07/2015

New Lettre de Claude ROLIN : juillet 2015

Claude Rolin, un de nos représentants Belge au parlement Européen nous a fait parvenir sa dernière News Lettre :

 

L’intégration européenne ne peut se faire à reculons

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Avenir europeen

Le 28 juillet dernier, un Comité d’experts chargé de conseiller le gouvernement allemand sur les questions économiques remettait un rapport plaidant pour la mise en place d’un mécanisme permettant la faillite d’un État de la zone euro de façon à pouvoir « s’opposer résolument au manque de volonté de coopération d’un État ». L’objectif clairement annoncé est de protéger la zone euro face au risque de défaut d’un État, mais c’est aussi une mise en garde opposée aux volontés – comme la nôtre – d’une plus grande intégration européenne, réclamant la mise en place d’une véritable gouvernance économique et sociale de la zone, des mécanismes de transferts et de solidarité, comme une assurance chômage européenne ou un budget de la zone. Au travers de ce rapport, ces économistes veulent empêcher le développement de mécanismes de transferts. En Belgique, nous connaissons ce type de débat et nous savons quelles sont les forces politiques qui s’opposent à ces transferts…

Pourtant, un espace monétaire commun n’a pas de sens si, en son sein, n’est pas organisée la solidarité au travers de transferts associés à des mécanismes de responsabilité. Le signal envoyé par ce groupe d’experts est totalement négatif.

D’une part, la mise en place d’un mécanisme de faillite donnerait l’impression que la zone est une zone monétaire faible et qu’une crise – voire les faillites d’États – pourrait s’enchainer, comme dans un jeu de dominos.

D’autre part, alors que la construction européenne est plongée dans des eaux profondes et tumultueuses, ce rapport va à contre-courant de l’intégration, donnant le sentiment d’une volonté de marche arrière.

Dans son édition du 30 juillet, l’hebdomadaire français « L’Obs » donne la parole à Jürgen Habermas, philosophe allemand de la construction européenne. Son analyse démontre que le débat est loin d’être clos en Allemagne. Il démontre à quel point l’Allemagne aurait intérêt à une plus grande intégration et à une Europe plus coopérative. Il conteste cette volonté de faire d’une Union permettant certains transferts, un épouvantail. La réponse européenne aux crises que traversent les États membres passe par la lutte contre les divergences qui, en se développant, ne peuvent conduire qu’à des dislocations.

Toute marche arrière vers l’instauration d’hypothétiques souverainetés nationales est une voie sans issue porteuse de régressions démocratiques. Une Europe se limitant à un espace de marché n’ayant comme limite que le ciel est un phantasme suicidaire. Les négociations sur le Traité transatlantique en sont l’expression la plus manifeste.

Ce dont nous avons besoin d’urgence, c’est justement d’une plus grande intégration, avec un budget et un Parlement de la zone Euro. Nous avons besoin de doter l’UE de moyens permettant d’agir solidairement face aux chocs économiques, pour résoudre la question des dettes et de leurs éventuelles restructurations (comme l’imposerait la situation grecque).

Les défis sont immenses: régulation bancaire, lutte contre les dumping sociaux, environnementaux et sociaux, relance de la concertation sociale européenne, mise en place d’une politique migratoire européenne, construction d’une défense commune, défi agricole, relance des investissements et de l’emploi et réponse aux enjeux climatiques.

Les citoyens européens sont en droit de recevoir des réponses leur permettant de croire en l’avenir. Ce doit être l’ambition d’un projet européen renouvelé, d’une Europe plus humaine, coopérative et solidaire.

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