10/12/2015

Conseil Communal du 9 décembre 2015 : " Le budget 2016 en question ?? "

La disette s’installe après des années de « vaches grasses ». Le grenier est vide !

Dans nos ménages ardennais d’antan, le grenier était l’endroit de la maison où l’on range précieusement ses provisions : des tas de graines pour le bétail, des jambons fumés, et même le petit (ou le gros !) magot dans un bocal planqué en plein milieu d’un tas de graines !
Quand un Ardennais allait chercher quelque chose au grenier, c’était pour INVESTIR, pas pour dépenser !
A Libramont-Chevigny, le grenier est vide ! A voir ce budget 2016, nous travaillons uniquement avec le contenu du porte-monnaie rangé dans le tiroir à la cuisine !

En termes moins bucoliques, le budget que vous nous présentez ce soir témoigne de la situation financière précaire de notre Commune.
Les indicateurs habituels qui caractérisent notre commune pourraient inciter à l’optimisme : croissance régulière de la population, dynamique de construction, taux de chômage faible, …
Cependant, à y regarder de plus près, ces signes ne se traduisent pas du tout dans les chiffres des prévisions budgétaires !

Quelques constats à propos du service ordinaire !

1. Dans ce budget, les recettes ordinaires à l’exercice propres diminuent de 2 % pour atteindre 19,15 M d’€ et les dépenses ordinaires à l’exercice propres croissent de 2 % également par rapport à la fin 2015. Vous l’avez compris, il s’agit d’une diminution supplémentaire de 4 % de nos moyens financiers, soit une tendance à l’appauvrissement qui se confirme pour notre commune !

2. Malgré une augmentation conséquente du précompte immobilier pour les citoyens en 2014 pour atteindre 2650 centimes additionnels, la recette prévue au budget est amputée de 222.000 euros par rapport aux recettes escomptées en 2015. Voilà une situation étrange à propos de laquelle nous attendons du fédéral un éclaircissement !

Des comparaisons !

Pour bien appréhender la santé financière de notre commune dans un contexte économique difficile et dans lequel la tentation consiste à rejeter sur les autres niveaux de pouvoir la responsabilité de devoir assumer de plus en plus de charges, il s’avère intéressant de situer notre commune par rapport à d’autres confrontées à la même réalité !
Dans le profil financier établi par cet expert indépendant, qu’est BELFIUS, banquier des communes, ces entités semblables constituent ce que l’on appelle un CLUSTER.
Comparons donc notre entité à celles du cluster en question. Ce qui semble vrai pour notre Commune devrait l’être également pour d’autres communes de même taille qui évoluent dans un même environnement rural.

1. A propos des dépenses de fonctionnement dans ces différentes communes, on constate qu’elles constituent 29 % du SO à Libramont-Chevigny alors que, pour les communes du cluster, ces dépenses se situent à 20,7 %. Voilà donc un domaine dans lequel il faudrait mettre le fer.

2. Dans le même état d’esprit, si l’on prête attention aux recettes de fonctionnement, on s’aperçoit que dans les communes du cluster, 14,3 % des recettes sont constituées de subsides, alors que le montant de subside prévu ne constitue que 7,6 % pour Libramont-Chevigny.

3. Une autre observation qui ne semble pas du tout rassurante concerne le personnel : les cotisations patronales à l’ONSS APL risquent de flamber dans les années à venir ! Dans ce budget, on constate déjà que le montant de ces cotisations pour le service voirie est passé de 151.000 € au compte 2014 à 186.000 € pour 2016… Pour quelle raison ? Maintenir trop de personnel en sous-statut (contractuel ou APE) constitue une économie à court terme mais une dépense importante à long terme… Concrètement, à Libramont-Chevigny, 1,7 employés est statutaire pour 1000 habitants alors que ce taux est de 3,8 pour les communes du cluster. Au niveau des contractuels, la comparaison donne 4,8 pour Libramont et 2,2 pour les autres entités. Et, plus grave, pour l’évolution future des dépenses, 6,4 pour les APE contre 5,5 dans le cluster. En termes d’agents, cela représente 85 personnes en 2015 pour 78 en 2013. En matière du coût des pensions du personnel, voilà de sombres perspectives pour le futur !

4. Nous en avons parlé tantôt, un signe d’inquiétude dans le contexte actuel est celui de l’intervention communale dans le fonctionnement du CPAS. Alors qu’un montant de 915.000 euros figure au compte de 2014, c’est un montant de 1.100.000 euros qui est prévu pour 2016, soit une augmentation de 20 %. Cette tendance à la hausse risque de se renforcer sur base de l’évolution du nombre de RIS  (57 en 2012 et 81 en 2015). L’exclusion du chômage et la paupérisation pèsent et pèseront inévitablement sur le budget CPAS.
Au niveau de la dette, les montants cumulés, même s’ils diminuent quelque peu au 1 janvier 2016, restent astronomiques : en dépit des montants remboursés durant l’exercice, le solde à rembourser au 31 décembre 2016 est estimé à 50,3 M d’€. Ce total représente une charge de plus de 4.550 euros qui pèse sur la tête de chaque Libramontois. Elle n’est en rien comparable aux autres communes du cluster que j’évoquais ci-dessus puisque la dette par habitant se situe à environ 1.600 euros. 4550 € aux Libramontois contre 1600 € à des habitants de communes similaires !

Deux constats à propos du budget extraordinaire !

Au niveau du budget extraordinaire, là aussi, c’est le temps des « vaches maigres » !

1. Que l’on regarde le montant des travaux envisagés à l’exercice propre ou le budget global, les sommes sont bien moindres en 2016 ! (voir tableau ci-dessous)


                                             Exercice propre                         Budget global

2016                                        8.069.000 €                            13.158.000 €

2015                                       11.078.000 €                            15.204.000 €

2014                                       13.769.000 €                            18.117.000 €

….

2012                                       21.934.000 €                            30.122.000 €


Çà se ressent évidemment dans les projets ! Il y a bien le dossier de la ZACC du Serpont qui finira bien par se concrétiser un jour et que l’on attend avec impatience. Pour le reste, RAS, rien à signaler comme investissement important : il s’agit plutôt d’entretien ordinaire, voiries et autres bâtiments.

2. Par contre, il est un dossier que vous aviez évoqué dans le contexte d’occupation de l’ancien parking Belgacom : celui de la maison médicale. Il semblait évident que le pouvoir communal se devait d’agir afin de rendre attractif notre entité pour les futurs médecins généralistes. Dans ce domaine de la médecine de 1ère ligne, les temps s’avèrent très durs également et notre groupe pense qu’une bonne manière d’attirer de nouveaux jeunes consiste à mettre à leur disposition un centre pluridisciplinaire attractif au centre de Libramont. Or, si au budget 2015, 100.000 € étaient prévus, pour 2016, cette somme a disparu ! Cette initiative peut-elle voir le jour sans le soutien financier public ? Et pour qu’un pouvoir public puisse intervenir dans le financement, l’infrastructure doit être publique ! Bref, nous avons l’impression que la Commune privilégie maintenant une autre manière de voir les choses. Nous ne pouvons que nous réjouir que d’aucuns investissent mais nous pensons qu’un projet de cette ampleur a plus de chance d’aboutir s’il peut s’appuyer sur un soutien public. Pour notre groupe, il s’agit là d’une occasion ratée, faute de moyens financiers, de pouvoir mieux préparer l’avenir !

Une conclusion.

Nous sommes vraiment déçus de devoir constater autant de signaux négatifs, d’autant plus que nous les savons liés à la gestion « autosuffisante » des années antérieures. Le grenier est bien vide ! Malgré les atouts de Libramont-Chevigny, tenant compte d’un contexte global difficile, les perspectives ne sont pas brillantes.
Nous encourageons vivement le Collège et le Conseil communal à prendre les décisions qui s’imposent pour redonner des marges de manœuvre à notre commune. Les citoyens libramontois, présents et à venir, le valent bien !

Propos préparés et présentés par notre chef de groupe ; Roland DEOM.

Les commentaires sont fermés.